La reconnaissance professionnelle des conseillers(ères) en emploi
18 mai 2016  -  Par :   -  Actualités  -  Aucun commentaire

La reconnaissance professionnelle des conseillers(ères) en emploi

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Compte rendu et analyse thématique des échanges de participants dans le cadre d’un atelier présenté sous ce titre lors du premier colloque Quariera tenu à Magog, du 17 au 19 février 2016.

 

Louis Cournoyer, professeur

Université du Québec à Montréal

Serge Richard-Caron, directeur

Groupe Orientation Emploi

Johanne Allaire, directrice

Perspective Carrière

 

 

Introduction

Le 18 février 2016, dans le cadre du premier colloque Quariera en employabilité tenu au Manoir des sables à Magog, un atelier s’est tenu sur « La reconnaissance professionnelle des conseillers(ères) en emploi ». Animés par Serge Richard-Caron (Groupe Orientation Travail), Johanne Allaire (Perspectives Carrière) et Louis Cournoyer (Université du Québec à Montréal), une trentaine de participants ont pu échanger et travailler librement sur trois questions au cœur du thème de l’atelier :

  • Quelles sont actuellement en 2016, les problématiques liées à la reconnaissance professionnelle des conseillers(ères) en emploi ?

 

  • Qu’est-ce qui serait prioritaire pour faire avancer la question complexe de la reconnaissance professionnelle? Sur quels aspects doit-on se pencher?

 

  • Quelles seraient les pistes de solution à envisager pour accroître la reconnaissance professionnelle des conseillers en emploi?

 

Serge Richard Caron et Johanne Allaire, tous deux à la tête de la direction d’organismes membres du RQuODE, ont accueilli les participants et amorcé la rencontre en expliquant clairement son déroulement. Par la suite, le professeur Louis Cournoyer a offert une brève présentation sur les notions de « reconnaissance », de « professionnalisme » et de « profession », ainsi qu’une description des critères scientifiquement et légalement reconnus pour définir à ce titre une profession. À partir de là, et pour le reste de l’atelier, Serge Richard-Caron et Johanne Allaire ont pris en charge l’animation d’échanges et de réflexions sur les trois questions susmentionnées.

À la demande explicite des participants au cours de cet atelier, nous vous présentons aujourd’hui les principaux thèmes abordés en regard des problématiques, des priorités et des pistes de solutions relatives à une meilleure reconnaissance professionnelle des conseillers en emploi.

IMPORTANT. Le contenu traité dans ce document doit être considéré en regard de sa portée et de ses limites. D’abord, il ne s’agit pas de résultats d’enquête, mais bien d’un compte rendu d’atelier d’échanges et de réflexions d’une trentaine de professionnels et étudiants du secteur du développement de l’employabilité. Ensuite, il faut considérer que plus de la moitié des participants étaient des directeurs et coordonnateurs d’organismes et qu’une minorité était composée de conseillers en emploi et d’étudiants des programmes de développement de carrière de l’Université du Québec à Montréal. Également, l’amorce faite par le professeur Louis Cournoyer sur une explicitation de notions-clés pour l’atelier a pu influencer la direction des réflexions et des échanges. Enfin, le contenu rapporté tire appui d’une démarche d’analyse de données qualitatives sous la direction du professeur Louis Cournoyer, avec la participation des professionnels de l’employabilité Serge Richard-Caron et Johanne Allaire. Il est possible que l’ajout d’autres analystes des données parmi les participants à l’événement ait pu amener des nuances plus ou moins importantes au compte rendu.

Au-delà de ces limites, le compte rendu de cet atelier de travail a tout de même permis de relever des « thèmes » importants qui se distinguent parmi l’ensemble des préoccupations possibles en 2016 chez des professionnels en employabilité. Ce compte rendu comprend quatre partie : 1) Introduction; 2) Principaux thèmes d’échanges et de réflexion; 3) Propositions de pistes d’action; 4) Conclusion.

 

1.    Principaux thèmes d’échanges et de réflexions

Sans l’avoir nommé comme telle, les conseillers en emploi semblent porteurs d’une souffrance passablement importante sur le plan de la reconnaissance. Près d’une dizaine de participants font mention de « lourdeur et de complexité » sans cesse accrue au niveau de leur travail. Devant déployer chaque jour des compétences auprès de clientèles aux problématiques variées, ils doivent combiner la conduite de démarches de relation d’aide, de méthodes dynamiques de recherche d’emploi et d’évaluation de besoins tout en procédant à une mise à jour constante de leurs connaissances : marché de l’emploi, outils d’intervention, stratégies d’intervention selon différents groupes de population. Cette section identifie et décrit les thèmes problématiques et prioritaires en matière de reconnaissance professionnelle.

1.1.         La reconnaissance de quoi, par qui et pourquoi?

La quasi-totalité des participants s’entend sur le fait que les conseillers en emploi ne sont pas suffisamment reconnus en regard de leur rôle et de leur impact auprès des populations qu’ils desservent. Les sources de reconnaissance (ou de méconnaissance) des conseillers en emploi sont nombreuses. Il peut s’agir de clients, de collègues, de supérieurs, d’employeurs faisant appel aux services de leur organisation, d’Emploi Québec à titre de principal bailleur de fonds, sinon du public, de la société. Par où commencer, vers où miser? Une quantité importante de propos recueillis dans les questionnaires reprennent d’ailleurs ces questionnements comme problématique actuelle et prioritaire : « Déterminer aux yeux de qui nous voulons être reconnus (publics, clients, Emploi-Québec, employeurs) »; « Reconnaissance du conseiller ou de nos organismes ».

Deux catégories d’acteurs sociaux se dégagent parmi les plus importants en matière de pourvoyeur de reconnaissance professionnelle : 1) le public ; 2) les bailleurs de fonds et les partenaires. Être reconnu par le public pour les conseillers en emploi, c’est tout d’abord d’entendre le titre conseiller en emploi utilisé socialement autant que l’on peut entendre celui de conseiller d’orientation ou autres professions rattachées aux services aux individus. C’est de prendre place à la table des professions populairement connues. À un autre niveau,  près du tiers des participants évoquent l’importance d’être considéré en tant que professionnel d’un travail lourd et complexe sur le plan des relations humaines. Ce que certains nomment la « crédibilité » au regard du public, c’est à la fois d’être connu et reconnu, pour son titre, comme pour son action sociale. L’autre principale source de reconnaissance se situe auprès des bailleurs de fonds et des partenaires des organismes pour lesquels œuvrent les conseillers en emploi. Autant les conseillers en emploi ne sont pas suffisamment, à leurs yeux, connus du public, autant, semble-t-il en être de même avec ceux qui pourtant transigent avec eux : les bailleurs de fonds et les partenaires de services d’employabilité. Pour les participants, cette méconnaissance s’exerce sur le plan du rôle et de la compétence en regard de l’aide aux individus, de même que sur le plan du financement : « À l’heure actuelle, avec les coupes budgétaires, priorité aux bailleurs de fonds. »

Un participant lance dans la discussion, tout comme il l’inscrit dans son questionnaire « Pourquoi on veut être reconnu? On doit déterminer par qui on veut se faire reconnaître? » C’est là quelque chose qui a occupé pendant plusieurs minutes les échanges et les réflexions du groupe, car si pour certains c’est une question de reconnaissance des professionnels auprès du public, des clientèles, des partenaires, pour d’autres cela passe avant tout par une démarche de reconnaissance du développement de l’employabilité en tant que secteur d’activité. En somme, la reconnaissance du secteur est ce qui peut le mieux assurer aux vues de certains participants celle des compétences de conseillers en emploi.

1.2.         L’affirmation de sa pertinence sociale

Lors de la présentation d’introduction par Louis Cournoyer de l’UQAM, il fut mention de la démarche entreprise il y a quelques années par l’Ordre des conseillers et des conseillères d’orientation du Québec sur la question de leur pertinence sociale. Cela semble avoir accroché l’intérêt de plusieurs participants, car plus d’une dizaine de commentaires furent recueillis dans les questionnaires sur cette question référant concrètement à ceci : « À quoi les conseillers en emploi servent-ils dans la société? » Les échanges et les réflexions engagées sur ce thème ont porté sur la valeur des interventions et des impacts qu’ont les conseillers en emploi auprès des clientèles. Peut-être que d’autres thèmes ont pu émerger à ce moment de la rencontre, mais il n’y a pas eu ici de débats de fond menant à une véritable réflexion sur l’apport unique et distinctif (par rapport à d’autres professionnels) de la compétence des conseillers en emploi dans la société québécoise.

1.3.         Une identité professionnelle ouverte et inclusive

« Qu’est-ce qu’un conseiller en emploi ? », « Qu’est-ce que l’employabilité ? » « Quel est le savoir distinctif, spécifique, d’un conseiller en emploi ?  »  sont des questions qui furent inscrites dans les questionnaires écrits de quelques participants.

Plusieurs participants de l’atelier s’entendent sur l’idée que les conseillers en emploi sont des intervenants de première ligne sur le plan d’aspects techniques et psychosociaux en matière d’employabilité.

Si quelques participants jugent qu’il faudrait que les conseillers en emploi partagent davantage une qualification initiale commune, notamment sur la base d’une formation universitaire spécialisée, la majorité d’entre eux affirment que la pluridisciplinarité des formations académiques des conseillers en emploi (orientation, psychologie, service social, relations industrielles, information professionnelle, développement de carrière, etc.) contribue à des « philosophies d’intervention (modèles d’intervention) et de pratiques » à la fois différentes, enrichies et souples. En se montrant inclusif quant à la qualification d’entrée des conseillers en emploi au sein des organismes, cela assure, tel que l’indique ce participant, des « pratiques, rôles et subtilités tantôt convergentes ou divergentes entre les différents organismes en employabilité ». L’importance d’un savoir spécialisé commun requis pour tout groupe professionnel qui, au Québec, souhaiterait devenir une profession au plan légal (ordre professionnel) est secondaire, pour la plupart des participants présents, par rapport à l’importance de maintenir leur identité ouverte et inclusive à différentes formations et expertises :

« Un processus d’entonnoir de la profession amènerait-il un processus d’entonnoir de la clientèle ? En clair, est-ce que ça vaut la peine de sacrifier l’essence de la diversité pour rehausser la reconnaissance? (…) Coût versus bénéfices de cette reconnaissance (plus limitée, plus encadrée, plus normée = un peu paradoxal avec la clientèle plus diversifiée, besoins et réalités différentes, dynamiques de terrains et besoins du marché du travail différents). »

Cependant, se montrer inclusive et ouverte comme profession sur le plan de l’accueil de professionnels de formations différentes n’empêche toutefois pas, aux dires de nombreux participants, la recherche d’un cadre de compétences partagé.

1.4.         Cadrer la compétence

Une participante, puis une autre, puis éventuellement une part importante des participants à l’atelier ont reconnu comme très pertinente l’idée de pouvoir pleinement reconnaître l’expertise des conseillers en emploi, de même que de mieux se reconnaître entre eux, par l’identification à un cadre de compétences commun. Lors de l’atelier et au sein de nombreux commentaires recueillis dans le questionnaire écrit, il est fait mention que le Regroupement québécois des organismes en développement de l’employabilité (RQuODE) aurait déjà produit dans un passé pas si lointain un tel cadre de compétences. Les participants ont donc mentionné que si tel est le cas, il serait impératif de partir de celui-ci avant d’engager un nouveau travail en ce sens. Les échanges et les réflexions sur la question d’un cadre de référence commun en matière de compétence professionnelle pour les conseillers en emploi (relation d’aide, counseling, évaluation, etc.) conduisaient à l’importance d’en faire un moyen d’accréditations auprès du principal bailleur de fonds, Emploi Québec. Toutefois, toujours dans l’esprit d’inclusion et d’ouverture prônée par la majorité des participants présents, le cadre doit être ouvert à des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être objectifs, mais tenant compte par différents moyens (diplôme, examen, reconnaissance d’acquis, etc.) des distinctions et différences de chacun.

1.5.         L’immanence d’Emploi Québec

En figure, en fond, sinon en filigrane, la présence d’Emploi Québec est constante au sein des discussions relatives à tout débat de reconnaissance professionnelle des conseillers en emploi. Qu’il s’agisse d’Emploi Québec en tant qu’organisme public de financement de services et de partenariats avec les organismes pour lesquels ils œuvrent, sinon en tant que contextes et conditions de travail sur le plan des mesures d’aide, ou alors au regard des agents d’aide de l’institution avec lesquels ils transigent, il apparaît difficile de traiter de reconnaissance professionnelle des conseillers en emploi sans négocier – par l’échange – les rapports actuels et souhaités : « Les autorités d’Emploi qui croient que nos c.e. et même c.o. sont des techniciens »; « Avoir ou obtenir du crédit professionnel face aux conseillers en emploi (ex. : Emploi Québec comme professionnel) »; « Par qui être reconnu? Emploi Québec seul bailleur de fonds, agents CLE peut remettre en question l’intervention ».

Les trois animateurs de l’atelier ont tenté du mieux de leurs compétences, et ce, par une attitude volontairement motivée par l’ouverture aux différents points de vue et à celle d’entendre une majorité de participants, de dégager les principales problématiques et priorités de conseillers en emploi sur le plan de la reconnaissance professionnelle. La prochaine section expose les propositions de pistes d’action des participants au regard de ces thématiques comme voie et condition de reconnaissance professionnelle.

2.    Proposition de pistes d’action

Les propositions des participants en matière de pistes d’action vers une plus grande reconnaissance professionnelle des conseillers en emploi se résument en cinq verbes que nous développerons dans les prochains paragraphes : poursuivre, cadrer, comprendre, promouvoir, qualifier.

2.1.         Poursuivre

Il s’agit tout simplement de la volonté des participants à voir la démarche entreprise dans le cadre de cet atelier se poursuivre. Parmi les participants, il est évoqué le souhait qu’un suivi et un accompagnement soient faits (« Faire un suivi svp!») et que le RQuODE s’engage dans la démarche (« Le RQuODE pourrait reprendre cette discussion qui a été mise sur la glace »). Il est également fait mention de l’idée de voir une proportion nettement supérieure de conseillers en emploi parmi les participants par rapport à celle passablement importante lors de cet atelier de directeurs et coordonnateurs (« Consulter un conseiller en emploi plutôt que les directeurs-généraux »).

 

2.2.         Comprendre

Sans interférence ou influence formelle à ce propos (du moins, pas à notre connaissance), près d’une dizaine de participants ont proposé, de différentes façons, que des recherches universitaires soient misent en place afin de permettre d’approfondir et de mieux comprendre la problématique de reconnaissance professionnelle des conseillers en emploi : « Thèmes de recherches éventuelles »; « Groupe de recherche, sujet de thèse dans les doctorats »; « En faire un sujet de thèse, subventionné par Emploi Québec ».

 

2.3.         Cadrer

Il s’agit ici d’engager une démarche de reconnaissance professionnelle au travers de la mise en œuvre d’un cadre commun de compétence pour les conseillers en emploi, qu’il soit question d’en développer un ou alors d’adopter/ajuster celui déjà existant (de l’avis de plusieurs participants) du RQuODE.

  • Cadrer implique ici de bien cerner l’orientation de sa démarche : « Spécifier ce que veut dire d’être reconnu »; « Bien définir ce qu’est la reconnaissance? »; « Définir les tâches/compétences du conseiller en emploi »;
  • Cadrer implique ici d’être à la fois clair et précis, tout en demeurant suffisamment inclusif à la diversité de compétences possibles au sein d’un groupe professionnel composé d’individus d’une pluralité de formations : « Avoir un cadre de compétences claires et précises »; « Être inclusif, les différents métiers (RH, travail social, carriérologie) enrichissent la profession »; « Un cadre se doit d’être inclusif sinon risque de perdre en souplesse, adaptation, richesse »;
  • Cadrer, pour quelques participants, c’est se doter, au-delà d’un référentiel de compétences, de modalités de qualification (certification, accréditation, reconnaissance d’acquis, examen) partagées : « Obtenir une même accréditation pour la formation du conseiller en emploi »; « Évaluation commune pour l’ensemble des conseillers en emploi sur le marché (s’assurer que les c.e. sont qualifiés et ce peu importe le niveau ou le secteur de formation); « Examen pour l’ensemble des conseillers en emploi tout en respectant la diversité des provenances des formations d’origine »;
  • Cadrer la compétence des conseillers en emploi, c’est de prévoir qu’une majorité d’organisations et de regroupements prendront en compte le produit issu d’une telle démarche : « Un regroupement qui représente tous les conseillers en emploi »; « Avoir un seul regroupement pour les conseillers en emploi ».

 

2.4.         Promouvoir

Promouvoir le conseil en emploi, c’est tout d’abord pour s’assurer une plus grande reconnaissance de la part du public. À cet égard, plusieurs propositions sont faites allant de la mise en œuvre d’une « semaine des conseillers en emploi », de « faire une campagne publicitaire pour faire reconnaître le travail des conseillers en emploi », de mener des « sessions d’information auprès du public ». Les actions de promotion proposées visent également les bailleurs de fonds et les partenaires : « Faire connaître davantage le métier (public, Emploi Québec, entreprises) »; « Faire du c.e. l’intervenant de première ligne (…) Faire la promotion des tâches du c.e. » ; « Séduction auprès d’Emploi Québec ». Enfin, et on peut reconnaître là la participation des étudiants en développement de carrière lors de cette rencontre, promouvoir les conseillers en emploi doit se faire au sein des structures et programmes de formation universitaire : « Valoriser les conseillers en emploi dans les classes (ce n’est pas tout le monde qui vont conseillers d’orientation) »; « Accroitre la représentativité des conseillers en emploi en milieu scolaire, se servir de ces conseillers comme modèles ou chargés de cours »; « Reconnaitre dans le bac en carriérologie que la profession de conseiller en emploi soit la vedette de cette formation ».

3.    Conclusion

La présentation d’un atelier sur les problématiques, les priorités et les propositions d’action pour une plus grande reconnaissance professionnelle des conseillers en emploi au Québec a permis d’attirer près d’une trentaine de participants. Tout d’abord, cela a conduit à l’identification des thèmes jugés plus problématiques, soit : 1) La reconnaissance de quoi, par qui et pourquoi ? ; 2) L’affirmation de sa pertinence sociale; 3) Une identité professionnelle ouverte et inclusive ; 4) Cadrer la compétence; 5) L’immanence d’Emploi Québec. De ces problématiques se dégagent quatre principales voies d’action proposées par les participants, soit de poursuivre une telle démarche, de chercher à mieux comprendre et approfondir la question de reconnaissance professionnelle chez les conseillers en emploi, d’envisager la mise en place d’un cadre de compétences partagé respectant la diversité des profils de formation, puis enfin, d’envisager différents moyens et différentes cibles de promotion de ce groupe professionnel auprès d’acteurs sociaux concernés par leur travail.

Un biais majeur se pose tout de même au regard des résultats, soit les caractéristiques des participants qui ont contribué à l’exercice. L’atelier comptait non pas des conseillers en emploi, mais des directeurs et des coordonnateurs d’organismes parmi les participants. Même la part d’étudiants était supérieure à celle des conseillers en emploi présents en minorité. Il est possible de penser qu’une part importante de préoccupations de directeurs et coordonnateurs d’organismes sont les mêmes que celles des conseillers en emploi. Par contre, il y a lieu de penser qu’en raison des lieux d’intervention de ces deux groupes au sein des organismes en développement de l’employabilité, il puisse subsister une part notable de préoccupations distinctes. Cela ouvre sur une autre question, celle de l’importance de la question de reconnaissance professionnelle pour les conseillers en emploi eux-mêmes. Le contexte de l’atelier est celui d’un colloque proposant une panoplie d’ateliers, dont plusieurs en concurrence avec celui dont il est question ici. Il y a lieu de penser que la vaste majorité de conseillers en emploi présents à ce colloque pouvait souhaiter combler des besoins de formation en matière de connaissances et d’outils d’intervention proposés par d’autres ateliers. Toutefois, sans avoir pu les rencontrer et sans avoir pu recueillir leur avis, il subsiste des questionnements par rapport à l’importance de leurs préoccupations sur le plan de leur reconnaissance professionnelle. La poursuite de démarches, notamment auprès de ce public spécifique de professionnels, est sans doute décisive s’il est envisagé – comme proposé dans les propositions de pistes d’action – de poursuivre cette démarche.

Un aspect majeur qui se dégage de cette expérience est l’importance qu’accordent les participants de l’atelier à une profession ouverte et inclusive à l’emploi de professionnels de parcours académiques des plus diversifiés. Bien que l’on juge important de partager une compétence commune de haut niveau, les moyens envisagés écartent – pour la plupart des participants – la piste d’un programme d’études qualifiant commun. C’est plutôt les idées de cadre de compétences, de mesures d’accréditation, de certifications ou d’examen qui constituent les voies les plus envisagées. Dans une perspective de recherche d’une pertinence sociale où toute profession doit pouvoir clairement répondre à la question « À quoi servons-nous socialement (comme groupe professionnel)? », l’ouverture et l’inclusion prônée par les conseillers en emploi représentent un défi conceptuel important.

Les conseillers en emploi œuvrent chaque jour à valoriser la compétence et la reconnaissance tant sociale que professionnelle des clients qu’ils accompagnent. Si ce travail peut s’avérer parfois difficile en raison de clientèles aux problématiques de plus en plus lourdes et complexes, le même défi s’impose à eux lorsqu’il est question d’obtenir une reconnaissance professionnelle à la hauteur de leurs attentes auprès des acteurs sociaux avec qui ils partagent leurs activités. Cet atelier demeurera peut-être un moment, sans plus, où des professionnels eurent l’occasion de partager leurs problématiques et leurs espoirs. Toutefois, peut-être (qui sait?) constituera-t-il le premier jalon d’un long parcours conduisant à une meilleure reconnaissance professionnelle?

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