Recherches orientantes – Les trouvailles de Louis Cournoyer (OCCOQ, 2014)

Recherches orientantes – Les trouvailles de Louis Cournoyer (OCCOQ, 2014)

Depuis janvier 2012, je contribue à la revue L’Orientation, le magazine de l’Ordre des conseillers et des conseillères d’orientation. Je publie une chronique intitulée “Les trouvailles de Louis Cournoyer”, laquelle consiste à présenter des résultats récents de recherche pertinent pour la pratique de l’orientation. Je me propose ici de diffuser plus largement celles-ci avec le site Orientation pour tous ! Bien sûr, si vous souhaitez voir les contenus originaux sur le site de l’OCCOQ, vous pouvez le faire à https://www.orientation.qc.ca/communications/publications/magazine-lorientation

 

RECHERCHE  – Les trouvailles de Louis Cournoyer

 

Dans cette chronique, je partage avec vous mes toutes  dernières trouvailles en matière de recherches scientifiques en orientation, en counseling, en psychologie ou en psychothérapie. Des résultats « tout chauds tout chauds » visant à » visant à cultiver cultiver chez les conseillers d’orientation l’intérêt pour la recherche. Bonne lecture !

 

 

Fasbender, U., Deller, J., Wang, M. et Wiernik, B. (2014). Deciding whether to work after retirement: The role of the psychological experience of aging. Journal of Vocational Behavior, 84, 214-224.

Les auteurs ont conduit une enquête longitudinale d’une période de 12 ans menée auprès 994 Allemands (H=56%; F=44%) retraités de 60 à 85 ans, de niveau de scolarité et d’état de santé variés, recevant une pension dont 551 sont demeurées tout au long de l’étude. Concrètement, ils sont administrés un questionnaire, puis ont mené un entretien semi-dirigé sur l’expérience du vieillissement selon quatre dimensions : la perte physique, la perte sociale, la croissance personnelle, l’accroissement de la connaissance de soi. Les résultats indiquent d’abord que les chances de travailler après la retraite et d’en retirer des bénéfices jugés positifs sont en corrélation avec la qualité perçue de santé physique, de bien-être économique et d’expériences professionnelles antérieures appréciées.  Également, une perception négative à l’égard de l’affaiblissement du réseau social après la retraite est corrélée positivement avec le désir de réinsérer le marché du travail.  Par contre, plus grand est le besoin de croissance personnelle des personnes retraités, moindre est l’intérêt à vouloir regagner le statut de travailleur. Les implications de l’étude sont à l’effet que la manière dont est vécue la vie professionnelle antérieure, positivement ou négativement, est garante des besoins que le travail à la retraite est en mesure ou non de combler chez la personne.

Duff, A. et Chan, C. (2014).  Investigating suicide as a career response. Career Development International, 19(1), 4-26.

Le thème du suicide est passablement bien documenté sous des perspectives pathologiques, sociologiques, anthropologiques, médicales, ainsi que philosophiques et religieuses. Toutefois, peu de connaissances existent quant aux raisons pour lesquelles une personne pourrait mettre fin à ses jours pour des raisons rattachées au travail et à la carrière.  À l’aide d’une démarche qualitative propre à la méthode de théorie ancrée, les auteurs ont procédés à la conduite d’entretiens semi-dirigées auprès de 16 personnes victimes (c’est-à-dire membre de la famille immédiate ou des proches) de Canadiens et d’Américains de 16 à 59 ans qui se sont suicidés. Ces entretiens portaient sur leurs représentations de l’histoire de vie et des facteurs d’autodétermination (buts, sentiment de contrôle sur sa vie, expérience d’échec, exclusion sociale) à différentes étapes de vie, dont celle où a eu lieu le suicide. Pour ces personnes suicidées, les notions de carrière et de travail étaient fondamentales, parfois excessives aux dires de leurs proches, ce qui présentait selon ces derniers des incidences importantes sur leur qualité de vie en général.

Une tendance dégagée sur le plan du processus de suicide en lien avec la carrière est celle d’une accumulation d’événements négatifs aux répercussions importantes dans la vie fondamentalement professionnelle de la personne qui, en interaction les unes avec les autres, accentue le sentiment d’impuissance et de désespoir. À un certain point, d’autres événements qui s’accumuleront, dont le dernier avant le passage à l’acte, seront totalement infusées dans une spirale déjà très descendue sur le plan de la capacité à faire face. Les propos reçus concernant celles s’étant suicidés en début de carrière (poursuivant des études ou ayant récemment intégré le marché du travail) témoignent de difficultés personnelles rattachées aux contextes éducatifs et de travail conduisant à un sentiment de désespoir. Quatre thèmes émergent : 1) un suicide qui se prépare et s’opère quelques semaines avant ou au moment de débuter un programme d’études, lequel n’est pas celui que l’on a choisi, mais celui que l’on engage par dépit; 2) un suicide en début de carrière rattaché à une absence de but ou alors un véritable désintérêt par rapport à l’activité professionnelle exercée, conjuguée à la perception de ne pas pouvoir changer d’orientation de carrière (temps et coûts déjà investis); 3) un suicide composé d’une suite d’échecs et de difficultés dans sa capacité de performer en emploi, avec le jugement perçu de ses proches à cet égard et l’ajout de d’autres événements douloureux de vie personnelle (ex. : perte d’un être cher); 4) le suicide rattaché directement à une rupture ou au décès d’un ami, d’un conjoint ou d’un membre de la famille, puis à l’incapacité de faire face aux obligations de la vie professionnelle. Les propos concernant ceux s’étant suicidés à la mi-carrière – ici des participants dans la quarantaine ou la cinquantaine – s’associe plutôt à un désespoir rattaché à une série de durs échecs. Là encore, quatre thèmes émergent : 1) le taux de chômage et ses conséquences structurelles sur le désespoir à réaliser ses idéaux de réussite, de satisfaction et de gains financiers par le travail; 2) le sentiment être piégés dans des emplois peu rémunérés, affaiblissant l’estime de soi et le sentiment perçu de pouvoir se sortir d’une telle situation; 3) la perte de statut, de prestige et de relations de pouvoir  professionnels; 4) l’humiliation et la honte rattachée à la perte d’un emploi pour des raisons qui minent la réputation (ex. : fausses accusations, abus de confiance, etc.) puis les changements entraînés sur les attitudes et les comportements interpersonnels, conséquence fréquence de séparations et de divorces subséquents, fuite dans le jeu, l’alcool, la drogue, etc.  Enfin, les propos recueillis par rapport à des personnes s’étant suicidés en fin de carrière s’associe à l’incapacité de faire face aux défis de la transition vers la retraite. Deux thèmes émergent cette fois : 1) l’inconfort associée à la perte de statut et de pouvoir; 2) la crainte de devoir assumer de nouveaux rôles. Dans ces deux cas, il s’agit de personnes ayant eu une carrière empreinte de succès et de pouvoir pour qui, l’expérience de vie à la retraite (perte de statut, de pouvoir, de rémunération, de relations, etc.) a marqué une suite de problèmes, de difficultés et d’accroissement du désespoir. Les histoires de suicides en milieu de carrière s’associent fréquemment au désespoir face à la capacité de faire face aux difficultés, aux échecs et au sentiment de honte.

Emily Bullock-Yowell, E., Leavell, K., McConnell, A., Rushing, A., Andrews, L.,   Campbell, M. et Osborne, L. (2014). Career decision-making intervention  with unemployed adults: when good intentions are not effective, Journal of Employment Counseling, 51, 16-30.

 Enquête menée auprès de 150 adultes sans emploi (en moyenne depuis 9 semaines) de 19 à 75ans, mais à la recherche d’un emploi, répartis au sein d’un groupe expérimental (n=72) et d’un groupe contrôle (n=78). Subventionné par l’état pour leur participation à un programme d’aide à l’emploi, ils devaient participer à un atelier d’une heure sur les modèles de traitement d’information scolaire et professionnelle – Modèle CASVE (Peterson, Samson, Reardon et Lenz, 2009). Deux questionnaires, le Career Decision-Making Difficulties Questionnaire (Gati et Saka, 2001) et le Career Thoughts Inventory (Sampson et al., 1996) furent administrés à l’ensemble des participants pour examiner les différences entre les deux groupes. De manière surprenante, les résultats indiquent l’absence de différences notables entre les deux groupes sur le plan du niveau de difficultés relatives à la carrière et des pensées relatives à leur carrière. Cela d’une part contredit l’état des connaissances scientifiques sur le sujet et questionnent à savoir si les problèmes des chercheurs d’emploi ne se situeraient pas ailleurs que sur le plan de leur capacité à traiter des informations sur soi et sur le monde du travail. Il fut même relevé que les personnes participantes à l’atelier de formation se disent plus confuses face à la panoplie de moyens et d’information qui leur sont présentés.

A propos de Louis Cournoyer 206 Articles
Professeur-chercheur (Counseling de carrière) / Directeur de la Clinique Carrière / Directeur des programmes de premier cycle en développement de carrière / Conseiller d'orientation et superviseur clinique Université du Québec à Montréal